(Extraits de documents des 15 février, 16 mars et 2 avril 1763, Arch. Intendance Languedoc, Arch. Hérault C 6739).

 

Ainsi en 1763, informés que le jour des Cendres, les haubois devoit aller par la ville avec une bande de sept jeunes gens masqués en meuniers pour dancer dans toutes les rues pendant toute la journée, les consuls de Limoux  le leur interdirent car il ne convenoit pas à des chrétiens de dancer dans les rues un tel jour. Peine perdue : ils affectèrent même avec les dits masques, pour marquer du mépris pour l’autorité consulaire, et par une pure dérision, de venir à neuf heures et demy du soir en flambeau devant la porte (des consuls) et d’y jouer une sérénade.

 

 

Le subdélégué de l’intendant approuva les consuls avec les arguments suivants : il paroit essentiel de remédier non seulement a l’escandale qui se commet ordinairement tous les ans et qui certaines années a été porté fort loin par les débordements ou se laissaient aller les jeunes gens sous l’habit de masque pendant plusieurs jours de Carême, mais encore de remédier au mépris qu’on ne cesse de faire de l’autorité des maires et consuls, dont on ose même faire gloire publiquement jusques la que dans ces circonstances il y a eu des pères assez aveugles pour applaudir aux désobéissances de leurs enfants aux ordres des officiers municipaux. Pour essayer de se disculper, cinq jeunes gens de bonne famille rappelèrent que suivant un ancien usage, ou a mieux dire un abus, les jeunes gens de cette ville, masqués en meuniers le jour des cendres, dansent et courent dans la ville au son des hautbois, répandant des dragées et des confitures dans les rues ou ils passoient et devant certaines maisons ou la compagnie étoit assemblée pour les voir danser. Il atténuèrent leur faute, excluant toute préméditation : vers les quatre heures du matin du jour des Cendres, les exposants se retirant du bal rencontrèrent les hautbois, cela leur donna l’idée d’aller faire jouer quelque sérénade aux demoiselles qui logent autour de la place publique ; pour cet effet ils louèrent les hautbois et leur donnèrent deux livres pour les faire jouer jusqu’à sept heures du matin. Le marché fait, les exposants se rendirent sur la place publique, davant la maison du Sr Nougairol. Les hautbois commencèrent à jouer et les exposants, pour se réchauffer, dansèrent au point du jour quelques rigaudons, ce qui attira le peuple. Enfin, ils se déchargèrent sur des jeunes de plus basse extraction : Si dans la matinée, l’après-midi et le soir, deux troupes de masques de la jeunesse de second ordre louèrent les hautbois et coururent dans la ville malgré les défenses des consuls, s’ils allèrent leur donner des sérénades et s’ils se permirent des propos messéants contre ces magistrats municipaux, ces délits sont personnels à ces masques et à ces hautbois et doivent être imputés à crime à eux seuls et punis en leurs personnes. 

 

 

Document du 11 mars 1605

 

Conservé aux archives départementales à Carcassonne (FF24)

 

 

 

 

 

(Limoux) du 11 mars 1605

 

Pierre Salvat chaussatier (artisan) de Limoux, âgé comme a dit de trente six ans ou environ, moyennant serment par lui prêté aux saints évangiles

 

Interrogé sur le contenu de la dite requête et procès verbal, luy entendant :

 

Dit que hier dix de mars, il était sous le couvert de la place de Limoux, il vit deux troupes dansant sur le dit couvert, les uns avec un violon, les autres avec un tabour de Suisse, sonné par un tisseur de laines de Limoux, tellement que les deux troupes dansant sur le dit couvert, les uns avec un violon et les autres avec un tabour, se mêlèrent ensemble et se commencèrent à mutiner et venir aux mains en se poussant les uns aux autres ; tellement que, voyant ce désordre et qu’il étoit en danger de porter scandale, il alla dire aux Sieurs Claude Truillet et Barthélémy Barrière, consuls, pour les prier de venir mettre ordre et appaiser cette discussion, tellement que tout aussitôt les Sieurs Truillet, Barrière, Berger et Navarre, consuls, s’assemblèrent et allèrent au couvert où ils trouvèrent les dites danses s’entrebatre, et ne pouvant appaiser leur différent, ils leur firent commandement de laisser la danse et de se retirer, et aux dits violon et tabour de ne sonner plus, tellement que par ce moyen ils mirent fin à ce différent.

 

Mais, s’étant iceux retirés, retournèrent entrer en différent et non obstant les inhibitions faites par les dits consuls, au mépris de leur autorité, le dit violon retourna sonner et ceux du tabour voulurent faire de même et tournèrent entrer en contestation plus grande, tellement que les Sieurs Truillet, Berger et Barrière retournèrent au couvert, portant leurs livrées consulaires en costumes ; à l’instant, le dit Navarre, consul, voyant le peu d’obéissance que les dits marchands leur fezoint de cesser la danse, il saisit le dit violon prisonnier et le voulait conduire à la prison pour le mépris du commandement qui lui avait été fait. Messire Samuel d’Azam, viguier, se trouva au dit couvert ; le quel dit aux Sieurs consuls qu’il ne permettrait pas qu’ils menacent le dit Baron violon en prison parce qu’il lui avait donné permission de sonner, et aux dits marchands de danser. Lequel viguier était assisté de Mr Jacques d’Azam, Jean Mauriac, Charles Huleau, docteurs, Jean Tornaire, Adrien Piroard, Arnaud Dupui, François Bonnafous, Jacques Peyre, Bernard Guizard, Olier, Folquier, lesquels disoint aux dits consuls qu ‘ils ne mèneroint point prisonnier le dit Baron et qu’ils les empêcheroint. Sur quoi les dits consuls remontrèrent au dit viguier qu’ils auroint saisi le dit violon prisonnier à cause de débat qui était survenu entre les dits marchands dansant et pour éviter un grand scandale, et que le dit Baron n’avait tenu compte du commandement qui lui aurait été fait de cesser ; ayant les dits consuls, comme juges criminels et de la police d’icelle ville, authaurité et commandement sur tous les habitants d’icelle de faire cesser les désordres qui en venoint et de faire cesser les dites danses, et que le dit viguier ne s’en peut mêler et qu’il ne peut faire ni empêcher les dits emprisonnements, ayant obtenu cette autorité de la cour du parlement de Toulouse par arrêt. Tellement que le dit viguier disoit que cela lui appartenait et que, non obstant les deffenses des dits consuls, le dit violon sonnerait, les empêchant de le mettre en prison ; comme aussi les dits Sieur Azam, Mauriac, Hulleau, Tornaire, Piroard, Dupui, Peyre, Bonnafous, Guizard et autres habitants dessus nommés, firent tous leurs efforts d’oter aux dits consuls le dit Baron prisonnier, lequel par ce moyen s’évada, poussant les dits consuls, leur disant qu’en dépit d’eux le violon sonnerait, usant de plusieurs menaces et paroles de mépris contre eux. Sur quoi les dits consuls leur commandèrent de se retirer, mais ils leur dirent qu’ils ne les craignoint, respectoint, ni reconnaissoint aucunement, tellement que plusieurs habitants en grand nombre entendirent ce débat, voyant vilipender les dits consuls et leur autorité, et s’assemblèrent au dit couvert pour les assister, et sans la sagesse et la prudence des dits consuls, il y pensa y avoir une grande mutination, lesquels tachèrent d’apaiser la dite contestation et même prièrent le viguier Azam de se retirer, étant la cause de tout ce différent, lui offrant l’accompagner comme de fait tout incontinent le dit Sieur Truillet et François Pujol, consuls, qui se trouva pour lors au couvert, allèrent accompagner le dit viguier jusques à sa maison. Etant retournés au dit couvert pour faire retirer tous les habitants, ils trouvèrent que les dits Mauriac, Azam, Huleau, Tornaire, Dupui, Piroard, Peyre, Guizard, Bonnafous et François Baux, portant leurs épées, s’étoint saisi de Barthélémy Barrière, consul, l’ayant fait prisonnier et le menaçoint de le mener en prison, le tenant, le sieur Mauriac par le collet et les autres l’assistant, fesant ses efforts de lui retirer la livrée consulaire, tellement que le dit sieur Barrière cria aide et secours pour ce que on l’avait fait prisonnier sous la livrée consulaire ; tellement que sans l’assistance que les autres consuls et les habitants lui donnèrent, qui le désaisirent des mains des susdits, ils auroint offensé gravement le dit Barrière, consul, usant le dit Tornaire de plusieurs reneds et blasphèmes du nom de Dieu, disant qu’il ne craignait les dits consuls, ni les reconnaissait aucunement. Tellement que les dits consuls furent contraints de se saisir du dit Tornaire et le faire prisonnier, mais après lui avoir remontré d’être plus sage, le laissèrent aller et ayant appaisé tous les habitants qui étoint en grande rumeur, et fait retirer les opposants, se retira comme les autres, ce qu’il sait pour avoir été présent, vu et entendu tout ce dessus, plus n’a dit, a persévéré et s’est sousigné. Salvat P.