Transcription du document de 1605 (17ème s) en langage actuel (2004)

 

 

Limoux le 11 mars 1605

Pierre Salvat chaussatier (artisan) de Limoux, âgé de 36 ans environ, ayant prêté serment sur les Evangiles, interrogé sur le contenu du procès verbal :

Dit que hier le 10 mars il était sous le couvert de la place de Limoux, il vit 2 troupes dansant sous le couvert, les uns avec un violon, les autres avec un tambour de Suisse sonné par un tisseur de laines de Limoux. Ils jouèrent tellement que les 2 troupes se rassemblèrent et commencèrent à en venir aux mains en se poussant les uns contre les autres en voyant ce désordre et qu’il était en danger il alla dire aux sieurs Claude Truillet et Barthélémy Barrière, Consuls de venir mettre de l’ordre et apaiser cette discussion.

 

Les sieurs Truillet, Barrière, Berger et Navarre, Consuls se rassemblèrent et allèrent au couvert où ils trouvèrent les danses se battre et ne pouvant apaiser leur différent ils leur commandèrent de laisser la danse et de se retirer et aux violons et aux tambours de’ ne plus jouer. Par ce moyen ils mirent fin à leur différent.

Mais ceux-ci s’étant retirés, ne tenant pas compte des interdictions des consuls, au mépris de leur autorité, le violon retourna jouer et le tambour fit de même de sorte que la contestation fut encore plus grande.

Les Sieurs Truillet, Berger et Barrière retournèrent au couvert en costumes consulaires avec Navarre qui voyant le peu d’obéissance des marchands pour cesser la danse saisit le violon et voulu le conduire en prison pour le mépris du commandement qui lui avait été fait. Mr Samuel d’Azam, Viguier, se trouva au couvert il dit aux consuls qu’il ne permettait pas de mettre le violon (baron) en prison parce qu’il avait permis à celui-ci de jouer et aux marchands de danser. Le Viguier était assisté de Mr Jacques d’Azam, Jean Mauriac, Charles Huleau, docteurs, Jean Tornaire, Adrien Piroard, Arnaud Dupui, François Bonnafous, Jacques Peyre, Bernard Guizard, Olier, Folquier, lesquels dirent aux Consuls qu’ils n’emmèneraient pas prisonnier le violon et qu’ils les empêcheraient. Les Consuls expliquèrent qu’ils ont saisi le violon à cause du désordre causé et pour éviter un scandale, que le Baron n’avait pas tenu compte du commandement qui lui a été fait et que en tant que Consuls ayant autorité sur les habitants de cette ville et que le viguier ne peut empêcher l’emprisonnement car ils ont obtenu cette autorité de la cour du Parlement à Toulouse par arrêt. Le viguier disait que cela lui appartenait et que le violon sonnerait et les empêcherait de le mettre en prison et les sieurs Azam, Mauriac, Hulleau, Tornaire, Piroard, Dupui, Peyre, Bonnafous, Guizard essaièrent d’oter le baron des mains des consuls qui s’évada. Ils poussèrent les consuls leur disant qu’en dépit d’eux le violon sonnerait usant de plusieurs menaces et paroles de mépris contre eux. Les consuls leur commandèrent de se retirer mais ils leur dirent qu’ils ne les craignaient, respectaient ni les reconnaissaient aucunement tellement que plusieurs habitants en grand nombre entendirent ce débat voyant bafouer les consuls et leur autorité se rassemblèrent au couvert pour les assister et sans la sagesse et la prudence des consuls il y aurait eu une grande bagarre ils tachèrent d’apaiser la contestation et prièrent le viguier Azam de se retirer, étant la cause de tout ce différent, lui offrant de l’accompagner.

Le Sieur Truillet et François Pujol, consuls qui se trouvaient sous le couvert allèrent accompagner le viguier jusqu’à sa maison. Etant retournés au couvert pour faire retirer tous les habitants, ils trouvèrent  Mauriac, Azam, Huleau, Tornaire, Dupui, Piroard, Peyre, Guizard, Bonnafous et François Baux portant leurs épées s’étant saisis de Barthélémy Barrière, consul, l’ayant fait prisonnier et le menaçaient de la mener en prison le tenant, sieur Mauriac par le collet et les autres l’assistant essayant de lui retirer la livrée consulaire, tellement que le sieur Barrière cria aide et secours parce qu’on l’avait fait prisonnier sous la livrée consulaire, sans l’assistance que les autres consuls et les habitants lui donnèrent en le dessaisissant des mains  des susdits, ils auraient offensé gravement Barrière, consul. Tornaire jurant et disant qu’il ne craignait les consuls ni les reconnaissait aucunement. Les consuls furent contraints de se saisir de Tornaire et de le faire prisonnier mais après lui avoir conseillé d’être plus sage, le laissèrent aller et ayant apaisé tous les habitants qui étaient en grande rumeur et fait retirer les opposants, se retira comme les autres.

Salvat P a dit ce qu’il sait pour avoir été présent, ce qu’il a vu et entendu tout ce qu’il a dit ci-dessus, a persévéré et a signé

Salvat P