Les Fécos étaient précédés et suivis de joyeux drilles, de moyens plus modestes, qui, pour se déguiser, se contentaient de tourner leur pardessus et leur béret à l’envers, de passer leur chemise sur leur veston, de coiffer un long bonnet de nuit, de donner libre cours à la fantaisie la plus débridée ou, plus simplement de revêtir leur costume de travail, quelquefois propre et de poser sur leur visage »un masque en carton de quatre sous » (sic). Certains, parmi eux, peut-être même sans s’en douter affirmaient la manifestation folklorique. Pour leur déguisement, sur leurs vêtements de ville, ils passaient cette sorte de grosse houppelande qui servait autrefois de manteau d’hiver aux charretiers en voyage, « la Limousino » ; on la nommait « la Marengo » ou « Malrego ».

En fort tissus de laine poilu, grisâtre, rayé de mauve et de grenat, descendant presque sur les lourds brodequins, elle se complétait par une pèlerine de même tissu, quelquefois avec un capuchon, s’arrêtant à la taille. Boutonnée, presque tout du long en avant, elle se fixait autour du cou avec une agrafe à chainette de métal. Ces charretiers, sans attelage, n’avaient pas de gants « la manrego » ayant de grandes poches, mais étant munis d’un grand fouet.

Certain autres dans le même esprit, revêtaient la petite blouse « la Blodo Carcassouneso ». En toile bleue ou grise, elles descendent à peine plus bas que la ceinture. Elle s’ornait de passementeries blanches sur le col, les épaulettes et les poignets. Eux aussi, sans gants avaient le fouet utilisé dans la corporation. Les uns et les autres adoptaient comme coiffure le grand béret basque en gros drap bleu marine, pour compléter ces travestis plus ou moins usagés, mais bien dans la tradition locale.

Ces masques ne gambadaient pas. Ils marchaient d’un pas assez lourd, se tournant à droite et à gauche, comme pour bien faire valoir leur prestance, puisque d’ordinaire c’étaient des costauds qui adoptaient ces déguisements.

Généralement ces deux groupes de charretiers ne mettaient pas de masque sur le visage. Ils préféraient se maquiller, se grimer ; ils le faisaient à l’aide de blanc d’Espagne, de noir de fumée et de fuschine rouge, tels les clowns de cirques. Ils se rendaient aussi méconnaissables, et se faisaient assez habillement des physionomies burlesques aux traits paillards et patibulaires.

En raison de ces pauvres déguisements, on les surnommait « Les Goudils ». C’est sous semble-t-il cet accoutrement que mon fils enfant, en vacances chez son grand-père a connu les joies du carnaval de Limoux.

(A suivre)