Parmi tous les travestis, certains bons vivants, qui se piquaient d’humour imaginaient des déguisements très personnels, originaux, amusants ou grotesques, tels : Lé Patrou, Lé Répous et Lé Sourt. D’autres, bien plus rares, se paraient de costumes plus ou moins historiques, empruntés au vestiaire du théâtre ou du cirque, voir même de la ménagerie.

Cette tendance eût une fâcheuse influence sur la musique folklorique du « tour de fèque ». Les airs du vieux folklore audois furent peu à peu remplacés par de courts extraits d’opérettes, ou de chansons à la mode, dont la répétition devenait lancinante. Nous entendîmes alors : Le chapeau de Marguerite, La Monda, Pauré Péreiro, Orphée aux Enferts, Le Jour et la Nuit, Le Cœur et la Main, La fille Angot, et presque tout le répertoire des Lecoq, des Planquette, des Audran, des Varney, des Hervé, des Offenbach, etc.

Ces mascarades qui, quoique fort joyeuses, évoluaient, le plus souvent, dans un certain cadre de correction, prenaient, en quelques occasions le nom de « Partie des Meuniers », en souvenir des riches moulins à blé que Limoux possédait autrefois sur la rivière Aude. Elles étaient alors organisées par la classe riche de la ville qui constituait « Le Cercle du Grand Café » et comptait sans doute quelques propriétaires de ces moulins. C’est le costume des participants qui avait aidé au qualificatif : pantalon blanc impeccablement repassé, blouse courte, neuve, bleue ou grise, gants blancs, bonnet de coton bariolé, mouchoir à carreaux noué en pointe autour du cou, besaces sur l’épaule, garnies de bonbons excellents et coûteux que les « Meuniers » offraient aimablement aux dames, à profusion, pendant le défilé, grand masque de cire ou de carton, plus ou moins grimaçant, ou faux-nez à moustaches. Pour certains les besaces se remplissaient de sous, et même de pièces d’argent de 20 centimes qu’ils semaient sur les pas des promeneurs, ou en avant de gamins qui se ruaient au ramassage. Ce travesti, déjà curieux, se complétait étrangement parfois par un petit fouet de chasse, que certains tenaient d’une main, que d’autres suspendaient à leur cou.

Après le repas du soir, ces mascarades se déroulaient sous les couverts de la place, éclairés aux torches au goudron fumeux « las entorchos ». Elles se terminaient généralement par un bal de nuit au « Grand Théâtre » aujourd’hui incendié, où dames de petite vertu, légères et court vêtues, venaient après minuit donner à la fête une note un peu particulière. C’était l’entrée des « Bèni-Bouf-Tou » conduites par la plantureuse Bébé. C’était aussi la sortie des personnes plus réservées qui aimaient à s’amuser tout à fait convenablement.

(A suivre)

Le Limouxin – 11 mars 1945 – N° 26

CARNAVAL par J.L. LAGARDE –