Où est la différence musicale entre « La Poupée » d’Audran et « La Poupée » des fécos ?

On peut répondre à cette question par des comparaisons plus connues : Ecoutez tel tango joué par un orchestre parisien ou Argentin. Ecoutez tel paso-doble joué par un orchestre français ou Madrilène. Ecoutez telle sardane jouée par un orchestre limouxin ou Catalan… Ce n’est plus du tout la même chose. Hors des gens qui ressentent ce qu’ils expriment et qui le ressentent au plus profond de leur être, il ne reste qu’une mauvaise traduction. Il manque l’accent, l’essence, la saveur. Il manque ce message exact, ce penchant peut-être subtil mais énorme qu’on a confié à la pauvre et seule écriture musicale.

 

L’aspect le plus visible de cette transformation de la Poupée d’Audran à la Poupée des fécos, réside dans l’accompagnement. Le baryton ajoute de toutes pièces son contre-chant, et les puissants et lancinants contretemps des trombones impriment un rythme auquel Audran est totalement étranger.

Mais il y a aussi tout l’ensemble de l’orchestre qui ne joue plus avec l’esprit d’opérette mais avec ce qu’il faut bien appeler « L’ESPRIT DE FECOS ».

L’orchestre de fécos a emprunté de nombreuses mélodies aux opérettes, oui, mais les mélodies seulement. Ce n’est que par un traitement profond, un vrai pétrissage à l’esprit de fécos (auquel peu de 6/8 résistent) que ces mélodies sont devenues des airs de fécos.

 

III – LES PRODUITS DIRECTS DE « L’ESPRIT FECOS »

C’est un phénomène extraordinaire. Des musiciens de fécos qui n’avaient effectué que de bien faibles études d’harmonie et souvent pas du tout, ont composé des airs de fécos de toute beauté et à coup sûr les meilleurs. A tel point que les Limouxins qui ignorent totalement les origines des airs vous diront spontanément « voilà un des plus beaux airs » et ils désignent sans le savoir l’un de ces purs produits du terroir. à suivre...

Jean Garrigue 12/02/1987