On trouve ainsi les admirables compositeurs Mondy, Alibert, Lenfant, Palauqui Jacques et son père Palauqui Jean-Baptiste le compositeur du fameux « Crescendo » qui est considéré comme étant le sommet de ce que l’on fait de mieux dans  l’esprit de fécos. Et puis aussi des moins connus comme « Firmenou de Colos » compositeur d’un air qu’il était à peu près seul capable d’exécuter avec la puissance requise. Et puis aussi de nombreux autres dont il ne reste que les chefs d’œuvre sans titre souvent, et sans auteur toujours.

 

Pour le musicien qui se penche sur ces airs du terroir, un élément saute souvent aux yeux et surtout aux oreilles. Les plus beaux (Crescendo, Les Guses…) présentent trois thèmes musicaux dont un thème en mode mineur. C’est un mode auquel on n’a pas souvent recours pour exprimer des sentiments frivoles. Le mode mineur est le mode par excellence des sentiments profonds et même douloureux : Le chant de ralliement des cathares persécutés, d’innombrables mélodies religieuses, la célèbre marche funèbre de Chopin… empruntent au mode mineur.

Je sais que je choque en disant cela en pleine réunion qui se veut à la joie d’un carnaval ; mais c’est sans doute ce qui distingue nos fécos des carnavals mondialement connus. A côté d’une réjouissance exubérante, ces airs émouvants expriment beaucoup plus un besoin de recueillement, une sorte de grand’messe païenne dont nous aurions oublié les motivations lointaines.

 

LES GUSES

A titre de modèle nous avons pensé à un air qui était joué voici 30 ans exactement, oublié depuis au moins 50 ans. La partition sans titre ni auteur a été retrouvée datée de 1907, date mémorable s’il en est en Languedoc, et c’est pourquoi je l’ai baptisée « Les Guses ». Il me semble d’ailleurs, - vous allez l’entendre- que cet air exprime parfaitement le pas lourd et harassé des « Gueux » en révolte, la misère et le désespoir, et non plus cette fête débridée et joyeuse propre au carnaval en général.

 

Il est certain que le terme exact qui désigne notre authentique folklore, « FECOS » est parvenu jusqu’à nous à travers l’hostilité de nombreux siècles. Est-ce qu’à l’origine nos fécos étaient seulement une fête ?

Est-ce que le compositeur des « Guses » ne ressentait pas au plus profond de lui-même, par une sorte de tradition innée, quelque chose en plus, et pourquoi pas quelque chose de sacré, en plus de la seule joie actuelle de nos fécos ?

 

 

Jean GARRIGUE 12-02-1987