…On trouve dans la ville de Limoux un usage qui se rattache à l’une des causes de son ancienne prospérité. Tous les ans, le mercredi des cendres, des jeunes gens, masqués en meuniers, portant un fouet de postillon et un sac blanchi de farine, parcourent la ville en faisant claquer leur fouet, assaillant à coups de dragées tous ceux qu’ils rencontrent sur leur passage et les curieux qui paraissent aux fenêtres, frappant avec leurs sacs les enfants et les gens du peuple qui ramassent les dragées et dansant des farandoles au son du hautbois et du tambour.

Voici ce qui a donné lieu à cet usage. Une ancienne tradition apprend que depuis Pieusse jusqu’à Alet, il y avait environ cinquante moulins à farine, continuellement occupés pour les besoins des habitants et surtout pour le commerce du minot qui se faisait en Espagne avant la conquête du Roussillon. Le minot ou farine provenant de ces moulins était porté, à dos de mulet, au col Saint Louis, frontière d’Espagne, situé entre le village de saint Louis et la petite ville de Caudiès. Les Espagnols recevaient la farine et la payaient en monnaie d’or. Ce commerce avait fait de Limoux une des plus riches du Languedoc. L’argent y circulait avec une telle abondance que lorsque Jean de Lévis la prit sur les religionnaires en 1562 et la livra au pillage, il eut pour sa part du butin cent mille écus d’or. Les meuniers étaient alors les plus riches particuliers de Limoux et pour maintenir leurs chalands ils étaient dans l’usage de les visiter tous les ans le mercredi des cendres et de leur distribuer des amandes sucrées et des dragées. Cet usage a été remplacé par la mascarade que l’on vient de décrire…

 

« Description générale et statistique de département de l’Aude » Baron Trouve, 1818