Et si le sens le plus sollicité des carnavaliers limouxins et du public qui en est aussi l'acteur privilégié en même temps qu'incontournable était l'odorat ? Le carnaval de Limoux commence par une mystérieuse potion.

Affairés autour de deux chaudrons dans lesquels une croûte de magma à l'odeur prégnante de résine fait des bulles, 20 ou 25 carnavaliers, issus de bandes différentes, font la chaîne autour de leur collègue qui touille la pâte se liquéfiant sous l'effet de la chaleur. De temps à autre, un récipient accroché au bout d'un manche écope dans le bouillonnement et verse ses coulées d'or sur un set de toile de jute garni de paille accroché au bout d'une perche. Dans un geste rapide, le mélange est roulé dans la fumée de la résine en fusion. La poche achève d'être remplie puis trempée dans de l'eau froide afin de stopper l'action de la chaleur. L'entorche est prête. 70 environ seront préparées au cours de la matinée d'hier dans la cour des ateliers municipaux. La nuit peut venir, la lumière sacrée de la célébration éclairera la part des ombres à raison de deux entorches par sortie. Des agapes, et des libations aussi, mettront un point final à la résurgence prométhéenne (carnaval n'est-il pas l'occupation illicite du temps, une sorte de squat ?). Un grand nombre de visages de jeunes dont les noms sont déjà des dynasties de carnavaliers ont trempé hier les doigts dans la potion, et d'autres encore sans pedigree. Tous égaux devant le chaudron.