Les habitants de Limoux et l'Inquisition  

II. Innocent IV. Les habitants de Limoux et l'Inquisition

Nous avons très peu de renseignements sur l'Inquisition carcassonnaise de 1244 à 1248. Toutefois on doit admettre que l'activité des inquisiteurs, qui étaient alors Guillaume Raymond et Pierre Durand, ne s'est ralentie en rien

 

, si on en juge par un curieux document relatif à la ville de Limoux, communiqués par le chanoine Sabarthès en 1933 au Congrès des Sociétés Savantes de Toulouse et publié ultérieurement dans le Bulletin philologique. Malgré les fréquents séjours des inquisiteurs à Limoux, il est à croire que les habitants qui avaient pactisé avec l'hérésie étaient fort nombreux, puisque 156 d'entre eux — sans compter ceux qui se résignèrent à leur sort — décidèrent d'envoyer des procureurs en Cour de Rome pour présenter leur défense. Bien que le document soit muet sur ce point, nous savons par ailleurs qu'ils avaient été condamnés au port des croix ou à des peines équivalentes. Ils confièrent la mission de les défendre au prieur de Prouille, Raymond, et à deux laïques, Géraud Abrial et Pierre Raymond Falcon. La date qui figurait sur cette procuration est aujourd'hui effacée, mais un inventaire du xve siècle nous donne celle du 14 octobre 1265.

MÉLANGES ET DOCUMENTS

Ce document est un bon exemple de l'hostilité que rencontrait l'Inquisition parmi les populations méridionales vers 1245. L'épisode le -plus connu est le massacre d'Avignonet, mais en 1257 un clerc et un courrier des inquisiteurs furent assassinés à Caunes et les registres qu'ils portaient brûlés : il semble que l'opposition ait été générale.

La démarche que nous venons de mentionner n'a rien d'étonnant. Nombreux étaient ceux qui prenaient alors le chemin de la Curie dans l'espoir d'échapper aux conséquences des poursuites inquisitoriales. A cette époque, Innocent IV a dirigé effectivement la répression de l'hérésie et n'a pas voulu que la délégation de pouvoir accordée par le Saint- Siège soit une simple fiction. Faisant preuve d'un esprit de conciliation qui n'excluait pas la fermeté, son action s'est manifestée dans des sens divers, soit pour veiller à ce que les poursuites ne se ralentissent pas, soit au contraire pour accorder des mesures de grâce ou de clémence..

Ces interventions furent peu goûtées des dominicains. Ils y virent une grave atteinte à leurs prérogatives, aussi firent-ils adresser au pape et aux cardinaux (14 juin 1245) une supplique rédigée par.de nombreux prélats réunis à Béziers. Les suspects et les contumaces se rendaient par tous les moyens à la Curie romaine comme pour y chercher un refuge; beaucoup obtenaient des pénitenciers des lettres qui leur permettaient d'échapper aux pénalités les plus graves : l'autorité même des inquisiteurs était atteinte.

Le chanoine Sabarthès, se basant sur ces lettres, a rejeté la date de 1246 pour la procuration des habitants de Limoux, Il a cru que celle-ci devait être antérieure à la démarche des prélats méridionaux et il a pensé que les intéressés avaient dû agir à la fin de 1244 ou au début de 1245.

C'est attribuer une importance excessive à la réunion de Béziers. En fait elle ne détermine aucun changement dans la politique d'Innocent IV, Le pape continue  à accorder des grâces et on constate même en 1248 que ses interventions deviennent de plus en plus fréquentes : ainsi confie- t-il à son pénitencier Algisius ,il a soin d'infliger une pénitence à un chevalier du diocèse de Narbonne et à deux de ses sergents (24 février 1248) , puis celui de faire libérer par l'évêque de Toulouse sept personnes condamnées à la prison perpétuelle (24 décembre 1248). Il n'y a donc pas lieu de retenir le terme du début de 1245, d'autant

XI kalendas », alors que le texte de Doat donne « secundo nonas februarii ».

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