RECHERCHES SUR L'HISTOIRE DE LA NUMISMATIQUE DES ATACIENS.

I. Avant l'invasion de la Gaule méridionale par les milices romaines, diverses peuplades, ayant chacune un nom distinctif, s'étaient partagé ce pays. Les vieux géographes ont fait connaître plusieurs de ces peuplades ; c'étaient les plus importantes. Il en existait d'autres plus circonscrites , dont les vieux géographes n'ont pas cru devoir recueillir le nom ; les Atacins sont de ce nombre.

 

En s'aidant de quelques documents, que le temps a respectés, on peut espérer néanmoins de constater l'existence de cette peuplade sur les bords de l'Aude ; je vais essayer d'en donner la preuve.

II. Environ un siècle avant l'ère chrétienne, lorsque la vieille cité narbonnaise était déjà au pouvoir des milices latines, un homme de lettres originaire de la Gaule méridionale alla à Rome et s'y fit remarquer par l'éclat de ses talents littéraires. Ses contemporains , voulant le distinguer d'autres homonymes, l'appelèrent Varron L'Atacin. Horace, qui vivait plus d'un demi-siècle avant Jésus-Christ (1), Quintilien (2) et d'autres écrivains du siècle d'Auguste, le désignent de cette manière. Pourquoi en était-il ainsi ? Porphyre, l'un des commentateurs d'Horace, croit que le poëte gaulois avait emprunté son surnom au fleuve Alax (3). On ne saurait s'expliquer comment Varron fut distingué de ses homonymes en prenant le nom d'un fleuve près duquel il avait vécu ; il est plus probable qu'il avait emprunté son surnom à la ville qui l'avait vu naître, ou bien à la peuplade dont il avait fait partie pendant son jeune âge. Voilà un premier fait qui semble établir que sur les bords de l'Aude (Atax), il existait une ville (Atace), ou bien un petit peuple (Atacins), quelques années avant l'ère chrétienne. D'autres faits viennent confirmer celle induction.

III. Un demi-siècle après la naissance du Christ, Pomponius Mêla  écrivaitson livre sur la description du globe. En parlant de Narbonne, l'une des villes des Gaules le mieux connue par les Romains, à cause de la domination qu'ils exerçaient sur elle depuis longues années, il s'exprime en ces termes : «Atacinorum colonia... Narbo;Narbonne, colonie d'Atacins. » Ce qui est dit par Mêla indique clairement qu'il existait dans la Gaule méridionaleune peupladeappelée Atacins, et cette peuplade s'était largement agrandie, puisque des colons sortis de son sein avaient servi à repeupler la ville de Narbonne.

Le surnom (l'Atacin), donné à un poète gaulois, conduit à faire croire qu'il existait une peuplade portant la même dénomination; cette conjecture devient une certitude, puisque un géographe du premier siècle de l'ère chrétienne la désigne d'une manière formelle, et qu'il donne, en même temps, la mesure de son importance dans la province Narbonnaise.

IV. Les Atacins avaient-ils une mère patrie? On ne saurait en douter. Eusèbe la désigne par son nom (2). En parlant de Varron , le poêle gaulois , il le fait naître quatre-vingt-deux ans avant Jésus-Chrisl, dans le bourg Atace. P. T. Varro vico Atace, inprovinciâ Narbonensi nascitur (174 Olympiade, — 5,119 du monde). Les parolesd'Eusèbe méritent d'être notées; Publius Varron était né, dit-il, à Atace, et ce bourg, qui lui avait servi de berceau, était placé dans la province Narbonnaise.

V. Où faut-il chercher la position d'Atace dans la province Narbonnaise ? Tantôt on a cru que c'était à Narbonne(3), par la raison que cette (1) PomponiusMêla vivait vers le milieu du premier siècle de l'ère chrétienne. (2) Eusèbe vivait vers le milieu du troisième siècle.

(3) Porphyre le pensait ainsi, puisqu'il désignaitPublius Varron par les mots Narbonensis, Atacinus. (Ad Horat. Satir. I; lib. I, satir. 10.) —Isidore de Séville devait partager la même ville avait été repeuplée avec des colons atacins ; tantôt on a affirmé que c'était à Carcassonne (1), parce que cetle cité est bâtie sur les bords de l'Aude. Mais ces conjectures sont inadmissibles, puisque les cités de Narbonne et de Carcassonne n'ont pas changé de nom et qu'elles ont toujours été désignées par ceux qu'elles portent de nos jours

Tout conduit à penser que c'est à Limoux qu'on peut espérer de trouver la position d'Atace. Voici les faits qui viennent servir d'appui à cette opinion : 1° le nom de Limoux (Limosum) paraît être d'origine moderne.

Le premier acte qui en fait mention porte la date de 854, et cependant on trouve dans le sol qui le supporte des restes qui attestent que cette ville était habitée pendant l'époque gallo-romaine  ; 2° Limoux est la ville la plus populeuse sur les bords de l'Aude, vers la source de ce cours d'eau  ;

3° près de Limoux, le terrain qui paraît avoir été le premier habité est désigné par le nom de Tax dans les chartes latines , et par celui de Taïch, dans la langue patoise de ce pays. Or Taïch n'est que la traduction de Tax, par la raison que la lettre x des mots latins est presque toujours traduite par ich dans les mots correspondants de l'idiome patois . Tax est l'abrégé Atax; on pourrait citer plusieurs noms de villes qui ont ainsi perdu la première syllabe de leur nom en passant de la domination romaine à celle du moyen âge .

Le nom d'un terrain voisin de la ville de Limoux ( Tax ou Alax) ; la idée, puisqu'il rapportait l'origine de Narbonne en ces termes : Colonis propriis. (Origines ou élymologies, livre XV, chap. I.) —Isidore vivait vers la fin du sixième siècle. 

position de cette ville sur les bords et vers les sources de l'Aude (Atax) ; le degré d'importance que la ville de Limoux a offert dans les temps anciens et dans les temps modernes: tous ces faits réunis disent clairement que l'ancien nom de Limoux était Atace.

VI. Ce bourg Atace (Atax) a-t-il donné son nom à la rivière (Atax) qui baignait ses murs ? ou bien est-ce la rivière qui a donné le sien au bourg ? Il est probable que les premiers habitants qui se sont disséminés sur les bords de l'Aude y ont bâti une demeure, et que ce groupe d'habitations , après avoir reçu un nom , l'a transmis au cours d'eau près duquel il était édifié. On connaît un grand nombre de rivières qui ont ainsi été désignées; je n'en citerai qu'un seul exemple pris dans les oeuvres d'un écrivain célèbre': « Le Rhône, dit Pline, a emprunté son nom à Rhodes, la mère patrie des Rhodiens . »

VIL Les faits que je viens de signaler rapidement semblent ne laisser aucun doute sur l'existence d'une ancienne peuplade appelée les Atacins; cette existence va être établie par un nouveau fait, en donnant la preuve que ce peuple, qui paraissait méconnu dans la Gaule méridionale, a émis, à diverses époques, et peut-être aussi en divers lieux, des monnaies sur lesquelles on lit distinctement son nom.

A. — La première monnaie qui a paru d'origine atacine porte pour légende le mot Atacum, écrit en caractères ibêriens. Garcia de la Torre, ancien ministre de la justice à Madrid, en avait recueilli un exemplaire dans les provinces hispaniques ; et c'est à M. Gaillard , numismate français, qu'on en doit la description avec le dessin . M. Boudard , de Béziers, a fait sur les monnaies ibériennes des études qui ne manquent pas d'intérêt. En décrivant celle à'Atacum, il s'exprime en ces termes : « Tête jeune à droite entre deux poissons ; — au » revers, cavalier galopant à droite, la lance en arrêt. La légende lue par » l'alphabet ibèrien donne la traduction OTAKHSH , OTAKHISH , avec la » dernière voyelle omise ; et bien que dans Atacum la première voyelle  soit changée, j'attribue à cette ville la monnaie. Je pourrais citer plusieurs exemples de noms grecs qui, traduits en latin, ont subi ce changement d'une voyelle en une autre. — Atacum était une ville de la  Tarraconaise que Ptolémèe place dans le district des Celtibères, entre  Mediolum et Ergavia (1). Morales rapporte une inscription où elle » prend le rang de municipe (Atacensis municipii). Je cite, ajoute » M. Boudard, d'après Ortélius, n'ayant point Morales pour vérifier cette  assertion   Je n'ai jamais été plus heureux que le numismatiste biterrois ; malgré les recherches que j'ai faites dans les grandes bibliothèques de la capitale il m'a été impossible de trouver l'ouvrage de Morales, et je n'ai rencontré que celui d'Ortélius, qui a été exactement cité par M. Boudard . '

, Avant d'aller plus loin , il faut reproduire ici la légende ibèrienne qu'on trouve sur les monnaies dont Garcia de la Torre avait recueilli un exemplaire  La monnaie ibèrienne, avec la légende Atacum, s'est montrée jusqu'ici fort rare dans les collections des numismatistes ; M. Gaillard n'en indique qu'un seul exemplaire dans la grande collection de Garcia de la Torre, en Espagne  ; Lorich n'en fait connaître, à son tour, qu'un seul exemplaire, sans dire le nom du lieu où elle avait été recueillie  ; M. Boudard en décrit deux variétés dont la provenance n'est pas connue . On n'est renseigné que sur la provenance d'une seule de ces monnaies. Quant aux autres, tout porte à présumer qu'elles avaient été recueillies dans les provinces hispaniques. De là il serait permis de conclure que le peuple qui les fit frapper habitait, dans des temps très-reculés , le pays appelé des Ibères, au delà des montagnes pyrénéennes.

Cette monnaie, avec sa légende en caractères ibériques, remonte à une époque antérieure à l'invasion des Volces au delà des Pyrénées, c'est-à-dire à des temps antérieurs au quatrième siècle avant l'ère chrétienne.

On sait que les Volces n'ont fait irruption dans les provinces hispaniques que vers le quatrième siècle avant notre ère, et que ces peuplades faisaient usage sur leurs monnaies d'une écriture moins ancienne que celle adoptée par les Ibères. Ces considérations conduisent à penser que la ville ibèrienne appelée Atacum, au delà des monts pyrénéens, devait remonter à une époque très-ancienne, et qu'elle était bâtie avant la fondation du bourg Atax sur les bords de l'Aude. On pourrait même croire, avec quelque fondement, que ce dernier bourg n'a dû son existence qu'à un groupe de population s'éloignant d'Atacum , sa mère patrie dans la péninsule ibérique , pour venir se fixer sur les bords de l'Aude, à une époque qu'on ne saurait indiquer. Nous verrons plus loin ce qu'il faut penser de cette conjecture.

B. — La seconde monnaie, qui a paru d'origine atacine, porte pour légende le mot ATTA. —Un numismatiste polonais, M. Lelewel, en a donné la description suivante, dans ses Etudes sur le type gaulois ou celtique : « ATTA se présente constamment en quatre lettres, sur des pièces assez fréquentes ,de différents poids et de nom» breuses variétés, ce qui prouve que l'atelier d'ATTA fut très-actif. Les » deux exemplaires que ma bonne fortune et la complaisance empressée » des amateurs ont confiés à mes études en donnent une idée suffisante; » elles pèsent, l'une 202 grains, l'autre 132 ; leurs empreintes, peu  attrayantes, sont différentes : celle de la première, éminemment grec  que par le trident placé sous le cavalier au javelot, se rattache aux  côtes de la mer ; l'autre , plus grossière et cependant plus récente par » ses disques, se rapproche de l'époque romaine. Les cavaliers des deux » pièces sont des Gaulois armés de javelots, matera, montés sur différents chevaux ; celui du premier paraît plutôt imiter le cheval grec ;  celui de l'autre est de race ratatinée des Volks. Tout porte à croire que » ces médailles sont des Atacins... Le nom des Atacins ne figure pas » dans les événements historiques ; mais il n'était point sans certaine » renommée. »

Près d'un siècle avant Lelewel, Pellerin avait rencontré des monnaies portant la légende ATTA, et il les avait considérées comme ayant été frappées en Espagne . Plus tard, Eckel rencontra les mêmes monnaies, et il les classa parmi celles qui ont une origine barbare . D'après ce numismate, elles appartenaient à l'ancienne Dacie , à la Mésie supérieure ou à la Pannonie inférieure. M. de la Saussaie , s'occupant à son tour des mêmes monnaies, s'est rangé à l'opinion d'Eckel. Voici en quels termes il exprime son opinion dans le livre qu'il a publié sûr la Numismatique de la Gaule narbonnaise  : « La légende ATTA, attribuée » par M. Lelewel aux Atacins, appartient à des médaillons d'argent •» étrangers au sol de la Gaule, bien que produits du monnayage gaulois.

» Eckel les avait attribués avec raison à l'ancienne Dacie, à l'Hlyrie, à » la Mésie et à la Pannonie, où ils se trouventen grand nombre. C'est de » là qu'ils arrivent, par la voie du commerce, dans les cabinets de » France. Ainsi, il n'y a pas lieu de douter qu'ils n'aient été frappés par les descendants de ces Gaulois établis sur les bords du Danube dès le  sixième siècle avant l'ère chrétienne.

Miônnet a rangé la monnaie portant la légende ATTA parmi celles qui ont appartenu à la Gaule , et Duchalais , quoique convaincu que cette monnaie offre des caractères d'une origine gauloise, la considère comme une imitation des pièces monétaires de la Pannonie . Que conclure de ces opinions diverses? Examinons : Pellerin, comme on l'a vu , attribuait la monnaie portant la légende ATTA aux provinces hispaniques , parce que c'était là, sans doute , qu'il l'avait recueillie. Lelewel, après avoir fait observer que ces monnaies sont assez abondantes eu France , est porté à leur attribuer une origine atacine. Eckel, au contraire, et M. de la Saussaie croient qu'elles ont été frappées dans la Pannonie.

L'opinion de Lelewel paraît être la plus probable. Comment croire que des monnaies qui auraient èlè frappées depuis plusieurs siècles dans les provinces appelées aujourd'hui autrichiennes ou hongroises, aient été apportées en grand nombre dans nos contrées? Comment penser aussi que Lelewel, qui avait habité la Pologne, son pays natal, ne les eût pas rencontrées dans sa patrie, placée dans le voisinage de l'ancienne Pannonie?

Il est probable que la monnaie portant la légende ATTA a été frappée, comme le pensait Lelewel, par les Alacins établis sur les bords de l'Aude (Atax), ou bien qu'elle provenait des provinces hispaniques  On a vu que le numismatiste polonais trouvait, dans la monnaie offrant la légende ATTA, tous les caractères du monnayage volce, plus ou moins imité de celui des Grecs. Cette monnaie a été donc frappée après l'invasion des provinces hispaniques par les peuplades volces, c'est-à-dire pendant le cours du deuxième siècle avant l'ère chrétienne. A cette époque , les Ibères d'Espagne avaient élé refoulés en grande partie en deçà des Pyrénées, où ils prirent le nom de Celtibères. Les Ibères d1'Atacum durent suivre ce mouvement d'émigration ; ce sont eux peut-être qui, après avoir franchi les monts pyrénéens , vinrent s'établir sur les bords de l'Aude (Atax). S'il en a été ainsi, on serait amené à conclure que les Atacins, après avoir pris naissance dans la ville hispanique A'Atacum, pendant la domination ibèrienne, se seraient éloignés de leur patrie, envahie par les Volces, pour aller, sur les bords de l'Aude, donner leur nom au bourg Atax, qui dut, à son tour, le transmettre à la rivière qui baignait ses murs. C'est dans la cité à'Atacum, au delà des Pyrénées , ou bien dans celle à'Alax.', en deçà de ces montagnes, qu'auraient été frappées les monnaies sur lesquelles on lit le mot ATTA; et si l'opinion de Lelewel était erronée, celle de Pellerin se trouverait fondée.

C. — La troisième monnaie, qui a paru d'origine alacine, a été recueillie en Provence , dans le voisinage de Saint-Remi, sur les bords du Rhône. Cette pièce est en or; elle a été décrite de la manière suivante par M. de Lagoy  : « ATACIACO VICO, tête à droite ; au revers :

» NOX CHADVC, croix simple, un peu longue, entre les bras de la croix » AT, dans un cercle perlé.

M. de Crazanes a proposé une attribution qui est plus satisfaisante  :

« Je crois, dit-il, qu'il est ici question de ce bourg d'Atace sur l'Aude » (dont il prit le nom), dont parle saint Jérôme et où naquit le poêle gaulois P. Térencius Varron, Atacus vicus; ce qui fit donner à cet » auteur le nom A'Atacinus, pour le distinguer de l'autre Varron.

» Ce qui n'a pas empêché les Romains el leurs successeurs d'ajouter aux  noms de lieux se terminant en ac celtique la dénomination romaine » de vicus.

La monnaie mérovingienne (du cinquième au huitième siècle) qui a été recueillie sur les bords du Rhône, peut être rapportée, avec une grande vraisemblance, au bourg Atace, aujourd'hui Limoux. Cette monnaie , il est vrai, n'a pas été rencontrée sur les rives de l'Aude ; mais est-ce là un motif suffisant pour croire qu'elle n'a pas été frappée dans le bourg Atace? Rien n'autorise à l'affirmer. L'atelier monétaire des Atacins, si toutefois ils en ont eu un, pendant la domination des rois mérovingiens , n'a pas eu besoin de frapper un grand nombre de pièces en or. Ces pièces, depuis qu'elles ont été émises, ont dû être dispersées en divers lieux , et particulièrement vers la Provence, là où le marché annuel de Beaucaire attirait, depuis plusieurs siècles, un grand nombre d'industriels, el notamment ceux qui s'adonnaient, comme à Limoux, à la fabrication drapière.

D'un autre côlé, les puys d'amour, qui paraissent avoir eu lieu en Provence pendant le cours du moyen âge , peuvent avoir attiré sur les bords du Rhône les chevaliers du comté de Rasez, enclins à se laisser mollement impressionner par les chants des trouvères, et être une des causes qui ont fait retrouver, à Saint-Remi, des monnaies d'or, d'origine mérovingienne, frappées dans le bourg d'Atace. Il faut ajouter aussi que peu d'amateurs de vieilles monnaies se sont occupés jusqu'ici de les recueillir dans l'ancien comté de Rasez, et celles qui étaient fabriquées avec un métal précieux, tel que l'or, disparaissaient par la fonte à mesure qu'elles étaient rencontrées.

Quant à la monnaie Atacum, dont la légende est écrite en caractères ibériens, on l'a rencontrée en Espagne, dans un pays où l'on trouvait autrefois une ville qui portait ce nom. Il est naturel d'en conclure que c'est dans celte ville qu'elle a été frappée. La similitude des noms d'Atace   et Atacum semblerait indiquer qu'il a existé une sorte de filiation entre ces deux groupes de population. Le premier doit peut-être son origine au second. A une époque qui se perd dans la nuit des temps passés, une tribu, ibèrienne a pu émigrer au delà des monts pyrénéens, pour aller sur les bords de l'Aude jeter les fondements du bourg Atace. Ce n'est pas là le seul exemple qui se présente d'une ville du midi de la Gaule dont le nom aune grande analogie avec celui d'autres vieilles cités appartenant à la péninsule hispanique. Or un fait aussi significatif n'est pas le résultat d'une simple coïncidence: il doit se lier, selon toutes les vraisemblances, à un déplacement de population.

Un pareil déplacement, s'il était bien prouvé , viendrait confirmer les enseignements historiques, qui disent que les peuples primitifs de nos contrées sont venus de la péninsule hispanique. On sait qu'ils ne sont arrivés dans cette péninsule qu'après avoir erré en Afrique et sur les côles de la mer intérieure dès qu'ils se furent éloignés des régions asiatiques, premier berceau de toutes les races humaines. Pour ce qui est des monnaies portant la légende ATTA, qu'on a recueillies en Espagne et dans les Gaules, elles paraissent devoir leur origine à des tribus atacines fixées au delà des Pyrénées, ou bien en deçà de ces montagnes, sur les bords de l'Aude. Ce n'est là, il est vrai, qu'une conjecture; mais cette conjecture acquiert un certain degré de vraisemblance quand elle se montre d'accord avec les investigations de l'histoire. Les traditions historiques, en nous montrant des flots de population exubérante désertant les terres d'Orient pour aller, à travers les mers, se fixer, tantôt eu Afrique el tantôt dans la péninsule hispanique, pour aller de là dans les Gaules, confirment ce qui est révélé par les documents numismatiques.

On est donc amené à admettre que les Atacins étaient des peuplades dont le rôle, dans les temps antiques, n'a pas été sans importance, ils ont frappé monnaie en Espagne et peut-être aussi sur les bords de l'Aude. Il n'en faut pas davantage pour faire voir tout le parti qu'on peut tirer des études monétaires, quand on les fait servir à éclairer les points obscurs des sciences historiques.

L.-A. BUZAIRIES, Docteur en médecine, à Limoux-sur-Aude.