Louis Josserand

 

Josserand Louis. Limoux. In: Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest. Tome 1, fascicule 2, 1930

 

I. — Les origines.

Les origines de Limoux ne sont pas nettement établies.

L'absence de documents anciens, l'obscurité fréquente de ceux qu'on possède font qu'on ne peut préciser avec une certitude absolue les étapes successives du développement de la cité. La confusion s'accroît par l'existence de deux dénominations : Flacian et Limoux; certains y voient la preuve de deux lieux différents, d'autres au contraire font de Flacian l'ancêtre de Limoux. D'autre part, un second problème se pose : d'aucuns prétendent que Limoux a d'abord existé sous forme d'une forteresse sur l'une des collines voisines de l'emplacement actuel, qu'elle est descendue dans la plaine pour remonter et s'établir enfin définitivement dans la vallée; d'autres historiens nient ce déplacement. Nousnous en tiendrons dans ce domaine à l'essentiel.

Deux conditions, nous semble-t-il, ont présidé à la création d'une ville en ce lieu. Lorsqu'on descend i'Aude, après la vallée étroite du cours supérieur, on trouve quelques bassins, celui de Quillan entre autres, mais ils sont étranglés en aval; c'est au débouché de la gorge d'Alet seulement qu'on entre définitivement en plaine. Limoux est donc une de ces villes si fréquentes, nées aux confins de la plaine et de la moyenne montagne. En second lieu, le site de Limoux est le point où l'Aude se rapproche le plus de l'Ariège par l'intermédiaire de l'Ambronne et de l'Hers Vif; depuis longtemps une route (doublée actuellement, plus au Nord, par une voie ferrée) remonte la vallée du Cougain pour rejoindre l'Ambronne, puis Chalabre et Foix, ou Mi repoix et Pamiers.

L'emplacement d'une ville semble donc avoir été indiqué par ce carrefour de voies naturelles. Enfin le conlluent de l'Aude et du Cougain a déterminé l'élargissement de la vallée principale en une petite plaine triangulaire où la ville a pu se développer. 

Pour ces raisons, l'origine de Limoux est probablement ancienne; on a voulu en faire une localité gauloise en voyant dans le mot de « Limoux » un dérivé de limos (orme)1; on a même prétendu que sur son emplacement s'élevait l'antique Atax, capitale de la tribu des Atacins. Si tout cela est discuté, le nom de Flacian indique qu'il existait dans ces parages au moins une villa romaine, mais textes et vestiges manquent. On montrait, il y a peu d'années encore, un vieux pont de pierre que la tradition fait remonter à l'époque romaine, mais dont l'origine n'est pas fixée. Le texte le plus ancien concernant Limoux date de 844 environ et mentionne « deux moulins dans une villa dite Limosus »,

appartenant à l'abbaye de Saint-Hilaire. Ce premier établissement, M. Sabarthès le situe sur la rive gauche, à l'extrémité du « Pont- Vieux », c'est-à-dire dans le quartier actuel de l'Eglise, où l'on trouve encore les rues les plus étroites. Peu à peu, ce noyau s'agrandit et un nouveau quartier se constitue en aval du premier; il s'appelle le Barri en 1280 et le Bourguet-Neuf en 1390.

En même temps, la ville déborde sur la rive droite, où les Chevaliers du Temple sont installés depuis longtemps et prospèrent; l'agglomération y paraît constituée dès 1218. Les Albigeois de Limoux viennent s'y fixer, lorsqu'ils ont fait leur sou mission, après une longue résistance sur une colline voisine.

C'est pourquoi cette partie de la ville est encore appelée l'Aragou, les « faidits » ayant eu, pendant leur révolte, des rapports avec les gens du roi d'Aragon, comte de Barcelone, allié du vicomte Trencavel -. Au xive siècle, le travail des peaux auquel elle se livre lui vaut un nom spécial : « La Blanquerie » ; en 1327, elle est réunie à la rive droite par un second pont, le Pont-Neuf; aujourd'hui, on la nomme plus couramment « la Petite Ville ".

Au début du xive siècle, la ville de Limoux a donc atteint un certain développement avec ses six quartiers, ses puits publics, ses rues pavées, étroites et tortueuses dans les vieux quartiers, plus larges et bien alignées dans les quartiers récents (Trinité, Toulzane, Foire). Elle possède, dès ce moment, ses deux éléments:

LIMOUX Ville et Petite Ville; il ne s'en est pas créé d'autre depuis et la vallée alluviale a sufïi à son développement sans qu'elle ait eu besoin d'escalader les côtes voisines (PI. V).

II. — L'aspect actuel.

La ville de la rive gauche dispose de plus d'espace; elle est traversée, en effet, tout au pied des cotes, depuis le 17e siècle, par la route appelée aujourd'hui route nationale d'Espagne àAlbi ;!; elle est en relations faciles avec de riches plaines : Razès, basse vallée de l'Ariège, Toulousain. Elle s'étend le long de l'Aude, au Sud de l'embouchure du Cougain, sur une longueur d'un kilomètre et demi environ et sur une largeur maxima de 400 mètres

Les deux rues principales sont parallèles à l'Aude et à la route nationale qui, avec ses beaux platanes, constitue la promenade la plus fréquentée; elles sont reliées par des rues transversales et cette disposition présente un caractère relativement moderne; mais, en certains endroits, l'aspect ancien est demeuré, avec ruelles étroites, poternes voûtées, vieilles maisons à étages surplombants qui s'ouvrent sur de vastes escaliers ou sur des cours intérieures entourées d'arcades. Les piliers des anciennes portes de la ville subsistent encore : porte de l'Agoutine el surtout porte de la Trinité à l'arrivée de la route de Carcassonne, et porte de la Toulzane en face de la route de Mirepoix. Les places publiques ont varié au cours des âges; la seule actuellement digne de ce nom est la petite place de la République, avec ses arcades et sa fontaine du xvir siècle, située en plein centre, près de l'église Saint-Martin et de l'Hôtel de Ville. Au Nord, la ville a rejoint, par ses développements successifs, l'embouchure du Cougain et elle vient buter au pied du Pech de LaCanal aussi actuellement, c'est vers le Sud, le long de la route d'Alet, qu'elIe se développe,. Là, se construisent, au milieu des jardins et villas modernes qui donnent à ce quartier le caractère des habituelles banlieues.

Sur la rive droite, la vallée est moins large et, d'autre part,aucune grande route n'y aboutit parce que l'arrière-pays est accidenté; aussi, la Petite Ville, en dépit de l'église de l'Assomption de, l 'asile départemental d'aliénés, qui s'étale largement sur son territoire, de l'hôpital, de l'usine à gaz, n'a pas suivi l'essor et ne montre pas l'activité de sa voisine. La gare elle-même, à la fin du siècle dernier, n'a guère provoqué de modifications sensibles, si ce n'est la construction d'un troisième pont en aval des deux autres. Une seule rue (importante, moins belle que celles de la rive gauche, tra verse la Petite Ville du Nord au Sud, et le « chemin de ronde », entre l'asile et la voie ferrée, l'entoure en demi-cercle Bref, la Petite Ville reste une sorte de faubourg dont les habitants gardent un esprit particulariste

( dernière trace peut-être de leur passé agité; ce n'est qu'aux abords du Pont Neuf qu'un ou deux cafés et quelques magasins mettent un peu d'animation dans ce quartier somnolent).

Tel est l'aspect actuel de la ville de Limoux, dont le développement s'explique par son double rôle politique et économique. 

Dès 1318, en effet, elle devient capitale du Iiazès et siège d'unévèché; mais elle est avant tout une petite capitale économique.

III. L'EVOLUTION ÉCONOMIQUE.

Elle est pour ainsi dire, au xiv" siècle, une ville-frontière, puis qu'elle est proche du Roussillon et de l'Aragon. D'autre part, elle confine aux régions riches du Toulousain et du Languedoc; enfin l'Aude est une voie naturelle 7 et Limoux a son port non loin du presbytère actuel. Aussi, les échanges sont actifs et on fr équente ses foires, notamment celle qui dure sept jours avant et sept jours après Saint-Georges. Elle exporte le vin estimé qu'elle récolte et ses grains. Pour alimenter son commerce avec l'Espagne,L imoux devient le débouché des pays voisins, et ses nom breux moulins transforment le blé en farine avant l'exportation.

Enfin, un autre élément du commerce est constitué par les draps. L'industrie drapière, mentionnée dans les actes les plus anciens, atteint une grande prospérité; c'est vraiment, comme on l'a dit, « la nourrice du pays «  ; elle utilise exclusivement les laines indigènes, car les moutons paissent en troupeaux nombreux dans les montagnes et les plaines voisines; les plantes tinctoriales (gaude, garance, pastel) poussent aux mêmes endroits, et l'on fabrique des draps de toutes sortes : draps ordinaires, fontaines de couleurs variées, fins estaminets, débités soit en France, soit surtout en Espagne. Ajoutons à cela la pelleterie, l'industrie de La Blanquerie où l'on tanne de nombreuses peaux (écureuil, lapin, lièvre, martre, loutre, fouine, chat sauvage, renard), et nous aurons le tableau de l'activité d'une des villes les plus riches de la région.

Malheureusement, cette prospérité est suivie de longues années désastreuses. Au cours du 14è siècle déjà, Limoux est ravagée par la peste et presque entièrement détruite par les bandes du Prince Noir; elle doit songer à se défendre. De 1355 à 1371, ses murailles, de forme circulaire, s'élèvent avec de larges fossésdéfendus par des palissades et sept portes crénelées protégées par une herse et une large trappe. La situation est terrible pendantla seconde moitié du 14è siècle; de 807 feux, la ville tombe à 504 en 1381; et elle ne peut se relever que très lentement de ses ruines parce que, à chaque instant, des fléaux viennent s'abattre sur elle : troubles et mises à sac, pestes, inondations, incendies (126 maisons sont détruites en 1685; on ordonne la construction en pierre sans torchis ni avancement). D'autre part, des événements historiques ont leur répercussion sur la vie limouxine :

l'annexion du Roussillon et le creusement du canal du Midi, qui reculent la frontière et détournent le trafic sur d'autres voies, portent un coup sérieux au commerce de Limoux. Le marché perd de son importance : dès 1489, la foire de Saint-Georges ne dure plus que sept jours, l'autre semaine étant reportée à la Pentecôte.

La meunerie disparaît peu à peu; il en reste le souvenir dans la fête des meuniers, que l'on célèbre encore à Mardi Gras : costumes blancs et danse accompagnée d'un air traditionnel.

Par contre, la draperie reprend peu à peu son éclat : au 16è siècle, on fabrique de 8.000 à 9.000 pièces, qui trouvent des acheteurs surtout en Espagne; en 1627 on compte plus de 20 fabricants et les relations sont actives avec la foire de Beaucaire et avec Lyon. Le principal article des fabriques limouxines est constitué par des « vingt-deuxains » d'une largeur de 5/4 d'aune, dits « draps de montagne », mais elles produisent aussi des « vingt-quatrains » de la même largeur (893 pièces contre 4.500 de vingt-deuxains en 1786) !) et un petit nombre obtiennent l'autorisation de commercer avec le Levant, et pour cela ils ajoutent à leur production des « londrins seconds » et des

londres larges; mais le profit du commerce levantin ne répond pas à leurs espérances, ils y renoncent bientôt et reviennent à l'ancienne manière. En 1778, on estime à 220.000 aunes la quantité de draps fabriqués. En 1786 commence la fabrication des « royales », draps étroits de trois pans de large. La production baisse un peu dans les années suivantes, mais elle se relève 8. Chacune des cinq foires actuelles ne dure qu'un jour : 25 janvier, 23 avril, 2i3 juin, 9 septembre et V2 novembre.

L'état économique du Languedoc à la fin de l'Ancien Régime

le préfet Barante signale, dans un rapport de l'an IX, que les manufactures de Limoux, comme celles de Chalabre, « ont pris une activité et une importance jusqu'alors inconnues et reçoivent à chaque instant une progression nouvelle », leur production étant destinée à la consommation intérieure.

D'autres industries moins importantes dérivent de la draperie :

14 filatures de laine, 7 teintureries, 3 chapelleries, 4 savonneries, e n définitive, en 1811, la laine est travaillée directement ou indirectement dans plus de 60 établissements qui occupent, à Limoux ou dans les communes environnantes, 2.300 ouvriers.

D'autre part, le travail du cuir, tannerie, mégisserie, bourrellier et sellerie, a repris vigueur avec une quinzaine d'établissements et une cinquantaine d'ouvriers et l'on peut signaler encore quelques poteries, tuileries et huileries11. Mais c'est le dernier éclat jeté par l'industrie limouxine. Dès 1814, il n'y a plus que 20 fabriques de drap, 11 en 1858; vers 1879-1880, elles ont com plètement disparu et l'industrie lainière n'a jamais pu être ressuscitée à Limoux, malgré tous les efforts. De leur côté, les autres industries, quel que soit leur genre, se sont éteintes ou

n'ont fait que végéter pendant le xixe siècle.

IV. — COMMERCE ET INDUSTRIE ACTUELS .

Il semble néanmoins que le début du xx'è siècle et surtout l'après-guerre soient marqués par un certain renouveau. Nous constatons d'abord que la population limouxine croît sans cesse (elle atteint aujourd'hui 7. 039 habitants) et, à l'encontre de beaucoup de sous-préfectures, la vie administrative n'y tient pas la première place; sur 1.070 électeurs en 1929 moins de 300 sont fonctionnaires ou vivent de professions libérales, le maire de Limoux observe que trois filatures ont cessé de

travailler et ajoute qu'il n'en connaît pas la cause (Archives ¿ie l'Aude, 131 M 18).

Une partie des renseignements que nous apportons nous ont été fournis au cours d'une enquête conduite, pendant l'été de 1929 auprès de divers fonctionnaires et industriels que nous sommes heureux de remercier. 

De tout temps, à Limoux, on a utilisé le miel des Corbières et les amandes des environs pour fabriquer, soit chez les confiseurs, soit dans les familles, une variété de nougat appelé nougat touron.

Vers 1890, un confiseur actif a perfectionné cette fabrication, et une réclame habile ainsi que plusieurs prix aux expositions ont assuré le succès de sa spécialité. Actuellement, ses successeurs fabriquent chaque année 120.000 kilos de produits de divers types : le nougat fin aux amandes blanches ou à la pistache verte, plus tendre que celui de Montélimar, le touron aux amandes grillées et la variété ordinaire, où entrent seulement les arachides de Chine14; le tout présenté sous diverses formes, s'exporte dans le Midi et un peu partout en France, jusqu'aux plages de la Manche.

Si les anciennes tanneries n'existent plus, du moins le travail du cuir est encore représenté par deux fabriques de chaussures; l'une, qui travaillait depuis 1882 à la main, est devenue mécanique en 1928, l'autre, créée en 1919, est une coopérative ouvrière d'un caractère original. Elles occupent, à elles deux, une quarantaine d 'ouvriers et produisent annuellement 17.000 paires de chaussures de fatigue, qui trouvent leur débouché dans l'Aude et les départements limitrophes.

En 1905, un représentant de cafés des environs eut l'idée d'étendre son commerce et installa à Limoux une brûlerie; l'établissement a prospéré et envoie par an, dans la région, 150.000 kilos de cafés de toutes provenances, dont 100.000 ont été torréfiés par ses soins. Il a même une succursale à Narbonne et des magasins de vente à Carcassonne, Alet et Arques.

Enfin, en 1919, pour ranimer une ancienne firme défaillante, une société par actions organisa une tuilerie, dans le but d'exploiter le remarquable gisement d'argile de Magrie; actuellement, cette variété est utilisée parce qu'elle a le grain plus gros. La société emploie 90 ouvriers ou employés et elle a expédié, pendant la dernière année, dans toute la région, près de 5 millions de pièces, tuiles, briques ou ornements de toiture.

Telles sont, à Limoux, les industries à peu près dignes de ce nom. On hésite à ajouter à la liste les inévitables usines à gaz et électrique, une usine qui traite la chaux du four de Roquetaillade, une brasserie et une fabrique de coniitures. Mais c'est à la vigne et à la blanquette que la ville doit sa plus grande activité et sa réputation.

LA BLANQUETTE.

En 1928, les 507 propriétaires déclarants qui se partagent les 994 hectares de vignes de la commune ont récolté 51.500 hectolitres de vin 1(i. Ce sont surtout des vins rouges très recherchés pour « leur finesse de goût, leur couleur brillante, leur velouté » 17. En outre, Limoux joue le rôle important de centre régional : d'une part, elle centralise une bonne partie des marcs de la région, dont elle a extrait, en 1928, près de 4.000 hectolitres d'alcool pur; d'autre part, c'est dans ses murs que se prépare le vin fameux connu sous le nom de Blanquette de Limoux; les propriétaires, en effet, ne fabriquent du vin de blanquette pour leur consommation personnelle et pour une vente toute

locale et insignifiante; la presque totalité des raisins de blanquette est vendue, au moment de la récolte, à quelques industriels limouxins. Ce cru, qui peut être rapproché de la Clairette de Die et du Mousseux de Gaillac, est apprécié depuis fort longtemps. Dès 1349, les consuls de Limoux obtinrent de Guillaume de Flavecourt, lieutenant du roi en Languedoc, un édit interdisant l'entrée dans la ville d'autre vin que la blanquette, afin que celle-ci « ne soit pas atténuée dans ses qualités par le mélange des vins étrangers » . De loin en loin dans l'histoire, nous retrouvons la blanquette : au xvi" siècle, les moines de Saint-Hilaire en plantent les coteaux de Magrie et de Cournanel, à quelques kilomètres au Sud de Limoux. Une note de 1744 environ signale « qu'on débite cette liqueur dans toutes les bonnes villes du royaume »

En 1805, le Sous-Préfet de Limoux, dans un état des 46 qualités de cépages qui constituent alors le vignoble de la vallée, mentionne, au premier rang, la blanquette, qui donne un « vin de première qualité, très recherché, ressemblant au vin mousseux d'Arbois, aussi pétillant que le champagne, mais moins vert, plus parfumé, d'un goût plus agréable » .

D'après le rapport de Rarbut, devenu officiel depuis son adoption par le Conseil général, le 27 août 1909, la blanquette est un « vin blanc mousseux ayant une douceur, un moelleux, un bouquet spéciaux, et dont les qualités viennent du cépage,, du terrain et du mode de vinification ». Il est préparé uniquement avec du raisin de mauzac blanc, que l'on récolte dans trois régions principales; la région de Limoux, comprenant, entre autres : Limoux, Pieusse, Pomas et surtout Magrie, Roquetaillade, Tourreilles; la région de Saint-Hilaire avec les crus principaux de Saint-Hilaire, Gardie, Villar-Saint-Anselme, etc.; la région de Couiza avec Couiza, Montazels, Espéraza, Fa, Campagne.

L'interruption entre Linioux et Couiza est due à la gorge d'Alet et à ses terrains schisteux, qui ne conviennent pas au mauzac.

Celui-ci exige, en effet, des terres légères, calcaires ou graveleuses, et, d'autre part, il veut être bien exposé au soleil; on le plante sur les coteaux et, même à Magrie, il n'y a guère de parcelles plantées totalement en mauzacs; on leur réserve simplement, en général, les parties les plus élevées de chaque vigne où le sol est plus sec et mieux exposé. Récolté dans ces conditions, le grain de mauzac est petit, rond et revêt à sa pleine maturité (on exige une maturité très avancée) une belle couleur dorée.

La préparation du vin exige d'assez nombreuses manipulations qui concourent à lui conserver son bouquet naturel et à lui procurer une limpidité parfaite; la mousse qu'il contient provient d'une fermentation opérée en bouteilles par des levures alcooliques apportées naturellement par le moût (méthode spéciale) ou ajoutées artificiellement (méthode champenoise); dans la seconde, on laisse le moût terminer sa fermentation; dans la première on le filtre et on le refroidit pour arrêter la fermentation qu,i n'est reprise qu'au printemps, au moment de la mis en bouteilles, après plusieurs soutirages, pour assurer la limpidité; certaines maisons, par un système de caves froides et de caves chaudes, peuvent assurer la mise en bouteilles en toute saison. Avec les deux méthodes, on pratique la mise progressive sur pointe et le dégorgeage, pour éliminer le dépôt.

Toutes les conditions requises et les travaux délicats exigés s'opposent à une grande extension du cru et limitent l'exporta tionce;p endant, en 1928, 180.000 bouteilles sont sorties de Limoux, auxquelles il faut ajouter 40.000 bouteilles de vin mousseux courant. Ces expéditions se font surtout en France, car la blanquette, en général, supporte mal les voyages. Cependant, une maison est parvenue à exporter régulièrement et avec succès, non seulement en France et en Angleterre, mais en Afrique occident aleet équatoriale (Côte d'Ivoire, Libéria, Cameroun, Congo) et en Indochine (Siam, Cochinehine). D'autres expéditions, plus ou moins régulières, sont faites un peu partout par les diverses maisons, notamment dans toute l'Europe occidentale et méridionale,dans l'Afrique du Nord et même en Amérique (Canada, Antilles, République Argentine) et en Nouvelle-Calédonie.

Si Limoux a perdu la place qu'elle occupa jadis dans la vie régionale, elle n'est donc pas une ville déchue. Ancienne capitale politique et vieille ville industrielle, elle n'est plus qu'une petite sous-préfecture que n'animent plus le bruit des métiers ou le mouvement des foires 22. Cependant, à l'activité d'autrefois elle essaye de substituer des industries auxquelles un peu d'énergie et quelques capitaux pourraient donner un bel essor. Mais c'est la blanquette qui fait connaître, très loin dans le monde, le nom de la petite ville de Limoux.

Nous devons signaler la présence à Limoux de l'Asile départemental des aliénés qui compte 1500 malades.

Louis Josserand Limoux